Chronique | Canadien-Capitals : tout peut arriver en séries, sauf que…
Si le classement de la LNH avait une réelle signification, la logique voudrait que les équipes ayant amassé le plus grand nombre de points en saison remportent fréquemment la Coupe Stanley. Or, ce n’est pas ce qui se produit. Des données comme celles-là ont fait conclure à des chercheurs (Michael Lopez, Gregory J. Matthews et Benjamin S. Baumer) que prédire les résultats des séries éliminatoires de la coupe Stanley équivaut en quelque sorte à lancer une pièce de monnaie dans les airs. Dans une étude intitulée How Often Does the Best Team Win? A Unified Approach to Understanding Randomness in North American Sport (2018), les trois chercheurs en sont d’ailleurs venus à la conclusion que pour atteindre le même niveau de prévisibilité que la NBA, la LNH devrait organiser des séries éliminatoires… 26 de 51(!). *** La table étant mise, parlons maintenant de la série qui opposera le Canadien aux Capitals de Washington. Les chiffres étalés au début de cette chronique vont dans le sens d’une phrase que répètent très souvent les gens qui œuvrent dans le milieu du hockey: En séries éliminatoires, tout peut arriver. En théorie, c’est tout à fait vrai. Sauf que même dans le très imprévisible univers de la LNH, il y a des choses qui ne surviennent pas très souvent. Comme, par exemple, voir une équipe ayant terminé au 8e rang de sa conférence (c’est le cas du CH) battre une équipe ayant terminé au premier rang (comme les Capitals). L’issue des séries opposant des clubs séparés par un plus faible écart au classement est sans doute beaucoup plus difficile à prédire. Mais quand des adversaires se situant aux extrémités du spectre croisent le fer, les probabilités de voir l’équipe de première place triompher s’élèvent à 78%. Le Canadien a donc toute une côte à remonter. *** Ce n’est pas par hasard que les Capitals ont remporté 11 matchs de plus et amassé 20 points de plus que le Canadien. Cette saison, les Capitals ont marqué 57 buts de plus qu’ils n’en ont accordés. Le Canadien a pour sa part terminé son parcours à -18. À 5 contre 5, les Capitals ont par ailleurs marqué 31 buts de plus qu’ils n’en ont accordé. Les hommes de Martin St-Louis ont pour leur part franchi la ligne d’arrivée à -23. Si l’on considère en plus que l’unité d’avantage numérique de Washington est supérieure, le CH se retrouve avec un autre défi de taille à relever. *** Lors des réunions d’équipe visant à préparer cette série, les entraîneurs du CH ont souligné à gros traits qu’il n’y a à peu près pas d’écart entre eux et les Capitals depuis la période des Fêtes. En fait, si écart il y a eu, il était même favorable au Canadien. Depuis le 1er février, Montréal a amassé un point de classement de plus que les Capitals. Mais surtout, le CH a concédé 17 buts de moins que les Capitals. À 5-contre-5 (un autre important facteur de succès en séries), le CH a encore fait mieux en accordant 19 buts de moins que Washington. Le contexte dans lequel ces matchs ont été disputés était toutefois complètement différent. Le Canadien luttait déjà pour sa survie au mois de décembre tandis que les Capitals ont longtemps été captivés par la chasse au record du plus grand nombre de buts que poursuivait Alex Ovechkin. Malgré cette importante distraction, les Capitals ont réussi à boucler le calendrier loin devant le CH. Ils ont même pu offrir du repos à plusieurs joueurs en fin de parcours. Dans le camp montréalais, on a plutôt disputé les trois dernières semaines sur les vapeurs d’essence. Parce que l’équipe a trébuché dans le sprint final, malgré la fatigue et les bobos ressentis par ses joueurs, Martin St-Louis a été forcé de surutiliser ses meilleurs éléments jusqu’aux derniers instants d’un 82e match disputé contre l’équipe B des Hurricanes de la Caroline. *** La position de gardien est déterminante en séries. Le gardien des Capitals, Logan Thompson, s’est blessé au début du mois d’avril et son éventuelle absence contre le Canadien s’annonçait comme un intéressant facteur déstabilisateur dans cette confrontation. En saison régulière, selon Moneypuck, Thompson a figuré parmi les trois meilleurs gardiens de la LNH en empêchant 26 buts qui auraient normalement dû être marqués contre lui. Samuel Montembeault a pour sa part terminé au 5e rang de la ligue en empêchant 24,6 buts. Si les Caps avaient été forcés de se tourner vers Charlie Lindgren (qui vient au 59e rang de la ligue et qui a accordé 1 but de plus qu’il n’aurait dû le faire en 39 matchs), les perspectives de succès du Canadien se seraient avérées bien meilleures. Cependant, selon les dernières nouvelles provenant de la capitale américaine, tout indique que Thompson sera devant son filet pour le premier match. Peut-être manquera-t-il un peu de synchronisme à son retour, mais le fait demeure: Thompson est l’un des six ou sept gardiens les plus constants de la ligue depuis trois ans. *** Pour toutes ces raisons, et en tenant compte du fait que les équipes les plus jeunes (c’est le cas du Canadien) sont généralement défavorisées en séries, je prédis une victoire des Capitals en 7 matchs.
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